"Je suis assise sur la balançoire. La planche est un peu vermoulue, après ces mois et ces mois sous le soleil et sous la pluie.

Mes cheveux prennent le vent du balancement. Le vent dans mes cheveux, je chéris ces moments d’insouciance. J’entends mes petits-enfants qui jouaient en grappe, il n’y a pas si longtemps, sur ce portique."

"Marguerite, l’aînée des quatre enfants, est née en 14... C’est l’école, m’a-t-elle dit plus tard, qui l’a sauvée de sa nostalgie... … son application, et ses brillants résultats -elle réussit le certificat d’études primaires élémentaires avec mention très bien- n’ont pas pesé lourd dans les choix de nos parents.

"... à Dront, un hameau proche d’Anost...

... j’y suis allée à partir de quatre ans. Nous logions chez notre grand-mère paternelle, Florence. Mes premières années de lumière, de vent, du parfum des herbes, des fleurs et de la terre."

"J'aimerai ma patrie comme j'aime mes parents..."

"Élie avait un vélo avec un guidon de course. Il m’apprit à pédaler le long du boulevard Pereire ... Très vite nous sommes partis au bois de Boulogne. C’est devenu notre plaisir favori que de rouler tous les deux. On s’arrêtait, on s’embrassait. La fatigue, la sueur, nos palpitations, faisaient que l’on tombait sans défenses dans les bras l’un de l’autre, serrés au plus près de nos corps."

"Tout le monde s’était mis sur son trente-et-un... Avec mes tickets de rationnement je n’avais pu obtenir que des espadrilles. C’est une voisine qui me prêta les siennes... Maman m’avait confectionné avec du tissu récupéré sur des vêtements abandonnés, une robe de satin bleue à pois blancs, avec de la dentelle au cou et des épaulettes légèrement bouffantes."

"Aujourd’hui 12 juin, je n’ai plus de nouvelles de chez moi, de ceux que j’aime. Ma Lulu non plus. Ce calepin me rappellera le temps passé sans écrire à personne.

 

13 juin 40 Daumeray, Maine et Loire. Journée pluvieuse… les avions allemands survolent sans cesse notre région tout en bombardant."

"Je reçus la première lettre d’Élie, avec un timbre à l’effigie d’Hitler, une honte que j’aurais voulue cacher, mais qui semblait comme tout le reste, la soumission, le signe que nous avions accepté de nous courber."

"Elle est née en 1882, à Villedieu-les-Poêles en Normandie. Elle fut apprentie à douze ans dans une blanchisserie à Paris, rue Saleneuve, 7 heures-20 heures, six jours sur sept."

"Mon père est né l’autre siècle, en 1887. Il fut adopté par une famille morvandelle, en manque de fils pour aider le père aux travaux des champs... Des"petits-Paris" , abandonnés à l'hospice Saint-Vincent-de-Paul"...

...Beau et bien planté, le Yel était un homme que les femmes regardaient. Il n’a pas eu de mal à séduire Eugénie. Gros travailleur, bon buveur, il fut vite connu dans les villages."

"Il avait joint à sa lettre une photo de lui, fier et souriant, en combinaison de cuir, un casque sous le bras. Il posait sous l’hélice d’un avion à la carlingue luisante."

"14 mai… je suis content que ton examen au Crédit-Lyonnais se soit bien passé… un avion allemand est entré dans notre zone, j'ai tiré et je lui ai arrêté son moteur droit…"

"Finalement cette fois-ci j’avais gagné. La décision fut prise qu’il resterait. Nous sentions le danger de cette décision, mais elle s’imposait contre l’enfermement à distance que nous avions subi. Nous savions qu’il risquait la mort. La situation était très tendue. Les rafles de jeunes pour les fournées de STO se faisaient encore plus fréquentes. Il décida lui aussi de contacter un comité pour les réfractaires."

"En 1947, rue Saleneuve, sur le pas de porte de la boutique. Je porte un long manteau de fourrure qui dépareille avec la robe simple en coton de maman, ses sandales marron à talon plat et ses chaussettes noires. Élie avait voulu renouer avec nos cadeaux, nous étions à nouveau deux amoureux."

"...mon père dans le jardin avec les enfants..."

"L’histoire que l’on avait pris le temps de capturer. De bons moments, qui ne sont pas toujours ceux qui nous ont le plus émus, mais qui ont été."

"Et trouver un appartement, vivre ensemble. Nos promesses, nous allions les tenir. Les tristesses dans nos lettres nous allions les effacer. La France s’était engloutie, et nous, nous avions tenu. De cette résistance, nous en tirions une force qui sacrait l’innocence de notre jeunesse."

"Ce mélange de liberté et de difficultés matérielles avivait notre énergie. Dans l’adversité, nous nous donnions des preuves tous les jours de notre désir de leur dépassement. Nous en oubliions presque tous ces Allemands."

20 août 43 « Élie… la petite est pleine de vie… le Morvan lui a fait beaucoup de bien… Je t’aime mon amour, je t’aime, Ta Lulu. »

Ces quelques mots décousus étaient une déclaration de ferveur amoureuse, pour ne pas la laisser nous échapper, mais aussi une bouteille à la mer, pour Élie, et pour l’avenir. Qu’elle traverse les mers de nos sales vies pour arriver sur un rivage heureux, lointain et inconnu. Je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il y avait dans cette déclaration aussi de la reconnaissance envers lui, qui travaillait pour nous au risque de sa vie, mais aussi de pitié, pour nous deux.

"Été 41. Nous sommes partis en voyage de noces, trois jours à vélo à l’Isle-Adam. Les guinguettes, du vent et des baisers."

"4 juin  … entendu les nouvelles à la radio, et mon cœur se serre puisque j’ai compris que Paris a été bombardé… réponds moi bien vite à cette lettre et dis-moi si tu quittes Paris et où vas-tu ?

C’était le monde à l’envers. L’armée faisait du tourisme dans le Sud et s’inquiétait de notre sort !"

"Ce furent des années de tâches ménagères, de courses, de vaisselles, de pluches, mais aussi du plaisir des devoirs bien faits des enfants, de leurs réussites, des sorties en voiture du week-end, des grandes réunions de familles, des fêtes et des vacances."

Prologue

Avant la guerre

La guerre

Après la guerre

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