"Maurice Chevalier passait souvent à la radio. On l’aimait bien, même s’il chantait un peu n’importe quoi. Ma mère pestait quand elle l’entendait chanter « Prosper », l’histoire d’un souteneur « roi du macadam », qui envoyait les filles en « stage dans une ville de garnison ». Il chantait aussi le départ à la guerre, « taratata…et tout ça ça fait d’excellents français », en parlant du colonel, du lieutenant, tout le monde dans la même aventure ! Ce n’était pas une chanson nouvelle, mais elle n’avait plus rien de comique. Avec son air de mauvais titi parisien, qui ressemblait un peu aux gens du quartier, il nous faisait prendre le pire pour de la rigolade : « … d’excellents français qui marchent au pas, ils en avaient perdus l’habitude, mais c’est comme la bicyclette ça ne s’oublie pas ». Si elle ne l’aimait pas, ma mère fredonnait quand même les airs entraînants : « Arrête ma fille, te monte pas la tête, tout ça c’est pour amuser la galerie »."

"Cet été 38 m’ouvrait un autre univers, le roi, la reine, un amoureux, un travail dans les livres. Et la ville qui devenait ma vie. Les rues que je découvrais et que j’aimais. Les grands magasins du boulevard Haussmann. On chantait des chansons légères et joyeuses. Charles Trenet, Maurice Chevalier, Tino Rossi, ils nous accompagnaient les jours de belle vie. « Marinellaaa, ah rest’encore dans mes braaas, avec toi je veux jusqu’au jouuur, danser cette rumba d’amouuur. Son rythme douuux, nous emporte bien loin de touuut, vers un pays mystérieuuux… ». « Je chante ! », c’était notre ralliement, des chansons remuantes, « du swing »".

Pierre Dac:

... Mais à coté de cette racaille honteuse 
Dont la conscience est un billet d'mille francs 
Il y a la France, fière digne et douloureuse 
Toute la France et ses millions de braves gens 
Parmi ceux-ci est une élite rude 
Vivant symbole des vertus du pays 
Qui préférant tout à la servitude 
Armes à la main a pris l'maquis

"C’est à cette période que l’on entendit dans l’émission Honneur et Patrie, sur Radio-Londres, un chansonnier se moquer de Maurice Chevalier avec sa chanson « …et tout ça, ça fait d’excellents français ». C’était une occasion de belle rigolade. Ma mère bichait, parce qu’on n’avait pas laissé passer cette chanson, ce Chevalier se foutait de nous. « En voilà un au moins qui n’a pas froid aux yeux ! ». C’était devenu « et tout ça, ça fait de mauvais français », « les sourires aux boches », et tout le reste, les arrangements avec les Allemands, pour l’argent d’abord, et pour les fêtes qu’ils organisaient."

Hiver 39-40

"Séparés nous cultivions encore plus l’envie l’un de l’autre. « … alors à ce moment je pourrais te rejoindre et te garder près de moi autant que tu le désireras. Si ton désir est aussi grand que le mien, nous n’aurons jamais assez de toute la vie pour nous aimer… ».

Il m’arrivait de chantonner une chanson langoureuse de Jean Sablon.":

"Paul me fait écouter de la musique, « Ménilmontant » par Django, avec des écouteurs. La musique coule dans mon corps, tout le reste s’efface. Je suis transportée ! La vibration des instruments me submerge. Élie je pense à toi, à notre première nuit d’amour, chez ta maman, au Jean-Bar où nous dansions, à toi, toute notre vie. Le rythme palpite. Je fredonne l’air de la chanson : « Ménilmontant, mais oui madame, c’est là que j’ai laissé mon cœur… ». Mes lèvres balbutient. Je souris, je sais que Paul me voit sourire. "​

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